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Mercredi 2 Janvier 2013

Ce n’est qu’en sortant dans la rue, alors que je reprends la direction de chez moi après la séance, que cela advient. Ce n’est pas grand chose. Quelque chose en moins. Pas d’acquisition. Pendant que je marche dans la rue, je remarque que mon corps est droit, stable. La respiration s’est posée; elle est profonde, elle est comme «sans moi». Cela veut dire qu’aucune part de moi ne cherche à creuser le souffle. C’est ancré. C’est là. Ca s’est révélé, le temps de quelques minutes. Tout en marchant, je regarde le visage des passants, je détaille certaines façades d’immeubles, je regarde le ciel. Je réalise à quel point cet état de moins est agréable, paisible.

Dire qu’il a fallu attendre la fin de la sĂ©ance et le dĂ©part du dojo pour enfin se sentir lĂ . Je vais au dojo de plus en plus. Le projet Neiges est passĂ©, j’en suis satisfait et je ressens de tout mon ĂŞtre la nĂ©cessitĂ© d’en revenir aux bases, aux fondamentaux. En ce qui me concerne: Ă©criture, aĂŻkido, solitude et voyage. Une intuition me guide: casser les habitudes. Changer, faire bouger les marques, les frontières. Voir plus loin. Voir plus profond. Aller voir. La vastitude de l’être est sans limites. Seule notre immobilitĂ© intĂ©rieure la restreint. Mon rapport au dojo fait partie des terrains que je veux en friche. Je m’y emploie donc. Je pratique plus rĂ©gulièrement, bien dĂ©cidĂ© Ă  augmenter mon rythme de prĂ©sence. Je suis enthousiaste. Pourtant ce matin, je garderai un goĂ»t dĂ©sagrĂ©able dans la bouche tout au long de la sĂ©ance; mon partenaire, sans ĂŞtre vraiment raide, est dur. Pas de le sens de la force. Autrement. LĂ  oĂą la pratique parfois me donne la sensation d’avoir comme partenaires des ĂŞtres liquides, lĂ  il s’agit d’un caillou. Un caillou qui tient entre ses deux mains un miroir, et qui me montre ce miroir plusieurs fois pendant la sĂ©ance. Cela ne passe pas. Pas comme je voudrais. Pas comme j’aimerais en ĂŞtre capable. Alors que je sens les raideurs de mon partenaires, j’aimerais ce matin connaĂ®tre une bonne fois pour toutes les miennes. Me voir, comme je le vois lui, comme j’arrive Ă  le lire en un sens. Cesser toute forme d’illusion et me voir comme je suis. Afin de pouvoir commencer Ă  construire Ă  partir de quelque chose de rĂ©el. C’est Ă©puisant. On se croit ouvert, et l’on rĂ©alise que certaines portes, fermĂ©es depuis des annĂ©es, n’ont peut-ĂŞtre pas bougĂ© d’un millimètre. C’est Ă©puisant parce qu’il faut chercher en soi, et que souvent, mes sensations me montrent Ă  quel point je suis encore loin. Lors d’une dĂ©monstration, mon maĂ®tre me choisit comme partenaire. Je ne sais pas ce qu’il veut montrer, aussi j’y vais, frontal, direct. Je n’arrive pas Ă  comprendre le mouvement qu’il veut que je produise. J’y vais quand mĂŞme. Je suis brouillon car dĂ©livrant trop d’énergie. Y allant trop Ă  fond. Mon maĂ®tre le remarque. Cela ne l’empĂŞche absolument pas d’appliquer la technique qu’il a choisi de montrer. Mais cela limite notre communication. Lorsque la dĂ©monstration s’achève, je retourne avec mon partenaire caillou. Je suis en colère contre moi-mĂŞme. Impossible avec cette Ă©nergie et cette attitude d’aborder des terrains de subtilitĂ©. Je bous intĂ©rieurement. Technique vide. Energie ou tout ou rien. Dans le cas prĂ©sent, le tout aboutit d’une certaine manière au rien. Cela je l’ai compris, ressenti. Je me promets de mettre cela au travail lors de la prochaine sĂ©ance. Celle qu’aujourd’hui m’a montrĂ© deux choses: – que je ne peux pas savoir si je progresse; je dois simplement pratiquer le plus possible et le mieux possible, en suivant les directions donnĂ©es par mon maĂ®tre. Cela progressera tout seul – que je dois me mettre Ă  l’affĂ»t d’une Ă©nergie plus subtile, qui permet de passer Ă  travers les fissures et d’ouvrir d’autres portes. La sĂ©ance s’achève. Je prends le petit dĂ©jeuner avec les autres, puis quitte le dojo. Alors cela advient. Dans la rue, je sens que mon corps vient de trouver tout seul cette prĂ©sence que je cherche au dojo. Le corps est posĂ©, le souffle Ă  l’unisson de la marche, il n’y a rien d’extraordinaire dans cet Ă©tat de corps si ce n’est que c’est une prĂ©sence juste. C’est comme ça que je dois ĂŞtre sur mes tatamis me dis-je. C’est la sĂ©ance qui a fait venir ce dĂ©tachement, cette subtilitĂ© que je sens effectivement Ă  prĂ©sent dans les lignes du corps.Il est drĂ´le que cela advienne après la sĂ©ance. Mais je prends cela comme un encouragement. Je sais dĂ©jĂ  que j’irai au dojo demain matin.