mercredi 12 Octobre 2005

 

La pratique de ce soir m'a ramené à une forme d'évidence calme que je peux sentir parfois.
Tout est là. En nous. Tout existe, pré-existe.
Est caché. Attend une éclaircie, un passage. Attend que l'on oublie d'y penser. Qu'on oublie d'y donner de l'importance. Attend le sommeil de la volonté.
Et alors vient. Mais sans autre éclat que celui de son propre mouvement.
La séance de ce soir était tranquille
Je n'ai pas fait l'expérience de la révélation ni du satori.
Mais juste dans les veines une respiration, un centre, un rythme, une force, une légèreté.
Tout cela est inscrit en nous. Quelque part. En intérieur ou en extérieur. Ou les deux.
Si je n'ai qu'une seule certitude, c'est celle-là. La justesse préexiste.
C'est pour cela que l'inquiétude me paraît inutile.
La respiration m'est apparue beaucoup plus en adéquation avec les mouvements. Pas besoin de me dire « là j'inspire, là j'expire ». C'est venu sans réelle volonté pendant une bonne partie du travail. L'impression que la respiration fonctionnait comme un éclairage sensible sur les techniques. Un peu plus tard, j'ai perdu la respiration, et les mouvements se sont avérés plus formels, plus froids, moins proches de moi. Les techniques ne sont que des cadres à envahir. Et non à célébrer.

Ma partenaire de ce soir est ceinture noire. J'aime beaucoup pratiquer avec elle.
Elle fait partie de ces quelques « anciens » avec qui la pratique est à chaque fois un plaisir.
Elle est centrée, claire, simple. Nous pratiquons. Nous jouons avec la même réalité dans le jeu que celle que peuvent avoir les enfants. A la différence peut-être d'une certaine précision, d'une conscience d'un centre à retrouver, à amplifier, à faire croître. Les enfants n'en ont pas besoin. Peut-être parce qu'ils n'ont pas encore perdu le centre.

Je continue à buter sur les techniques où l'on doit prendre le centre. J'ai souvent l'impression de le prendre, puis de le lâcher, puis de le prendre à nouveau, et ainsi de suite. Quelque chose demeure instable dans ma pratique et je le sens.
Mais je pense avoir plus tendance à voir les défauts que les avancées. Si j'y regarde à deux fois, je vois bien que quelque chose avance. Se calme. Amorce lentement une ouverture.
Et surtout, j'arrive à sentir les endroits où je suis en manque. Il n'y a pas si longtemps, j'y allais tête baissée et c'est tout. A présent, je commence à entrevoir des endroits de ma pratique à corriger. C'est majoritairement des endroits invisibles. Je connais quelques techniques. Je sais les faire. J'ai un respect initial pour la forme qui parfois m'empêche de mettre en relation ma propre sensibilité avec elle. Comme si sa propre sensibilité ne suffisait pas. C'est tout cela qu'il faut désapprendre. C'est la sensibilité qui guide la forme. L'invisible qui guide ou teinte le visible. Ca revient à poser la question de comment être-là. De la nature de la présence et des forces qui la traversent.

La séance de ce soir a la même douceur que la fin de l'après-midi et de l'été.
Je goûte à l'arrivée progressive de la nuit à travers les fenêtres. Je ressens mes limites, puis je ne les sens plus, puis je m'en fous. Ma partenaire me sourit. Je lui souris aussi. Je la saisis. Elle s'approche de moi, nous tournons, je chute, je vois dans ma chute d'autres corps qui tournoient. Je laisse faire.
Ce moment ne vaut que pour ce qu'il est, et à l'instant où il est.
Ou pour reprendre Alain Bashung : « A l'avenir, laisse venir, laisse le vent du soir décider ».