samedi 15 Octobre

 

Des rochers. Des rocailles en soi.
Des rocailles oubliées sur lesquelles on bute.
Limite évidente de l'écriture face à la sensation brute des choses.
A moins que l'acte d'écrire lui-même ne soit dirigé dans cette direction.
Juste les sensations.
Le moins d'espace possible entre ce qui est éprouvé et ce qui est écrit.
La séance de vendredi soir a été dure. Fermée.
J'aime la pratique le soir. Très peu de gens. Sensation de fin de journée.
Retour à la nuit.
Retournes de là d'où tu viens, de l'obscurité d'où la pratique renaîtra avec l'aube.
La séance du soir porte un e ambiance très différente de celle du matin.
Elle est plus traînante. Plus secrète.
Cela faisait très longtemps que je n'avais pas pratiqué à cette heure.
J'étais assez content d'y revenir.
Comme on revient à ces certains repères.
Mais là, l'impasse, ou presque.
Des rochers. Des rocailles en soi contre lesquelles on bute. Et chute.
Rien ne passe. Rien ne s'ouvre.
Sensations d'empêchement. Des mouvements qui s'enfuient.
Des arrêts.
Je suis incapable de dire ce qui a fait que cette séance m'est apparue terne.
Je n'arrivais pas à reproduire la technique qui était montrée.
Il faudrait juste saisir l'essence du mouvement, et se lancer en aveugle, légèrement.
Mais là, non.
De la caillasse dans le corps. Je ne prends pas de plaisir.
Et puis surtout, tout reste à sa place.
La distance. La respiration. Le corps
La distance entre les corps.
Rien ne se déplace.
C'est étrange de sentir que le même corps et le même esprit peut être traversé par des états totalement contradictoires, et ce à quelques jours d'intervalle.
Et sans aucune explication.
En même temps, c'est bien que cela se passe ainsi.
En relisant les premiers textes, je trouvai que ce journal donnait une image incomplète de la pratique, manquant de relief, volontairement tourné vers « le cur de ciel pur » sans en dire les fossés, les questions, les échecs et remises en cause.
La pratique n'est pas un champ d'évidences, de fusion, d'apparitions et de réalisations permanentes de la voie. Non. Elle est faite aussi de doutes, de trous, d'inadéquations, de séparations, d'errances.
Aujourd'hui, j'ai erré sur les tatamis, erré face à mon partenaire, réduit aucune distance entre nous. L'impression de revenir en arrière, quand j'étais incapable de laisser tomber ne serait-ce que l'ombre d'une de mes certitudes.
Je ne m'inquiète pas outre mesure. Je sais que cela fait partie du chemin. Je fais en sorte d'y voir à travers, d'y voir plus clair. Comme si l'éloignement, aussi contraire que ça puisse paraître, me rende quelque chose plus clair. Je le sais bien.
Je ne sais pas pourquoi la séance d'aujourd'hui était fermée.
Je le sais très bien.
L'Aïkido est l'art de s'unir et de se séparer.